Ma vie sous Covid n°3 : Sarah Frugère professeure d’anglais

Sarah Frugère, jeune enseignante d’anglais, s’occupe de plusieurs classes de collégiens dans la région de Clermont-Ferrand. Avec elle, le 27 mars, on va parler de l’adaptation des élèves, mais aussi des professeurs au temps du Covid-19. 

Le réseau est mauvais dans ce petit coin d’Auvergne. Sarah se déplace de pièces en pièces pour essayer de poursuivre la conversation. Ses nouvelles conditions de vie, sa maison et son jardin, elle les apprivoise petit à petit. Il faut dire qu’elle a déménagé, il y a deux semaines, dans la plus totale des précipitations. Elle a passé la première semaine de confinement dans les cartons. De quoi la tenir occupée.

Un bureau en lieu et place d’une classe

Une nouvelle organisation pour les cours

Elle a tout de même dû s’organiser pour maintenir d’autres personnes occupées : ses élèves. Cette année cette professeure d’anglais, remplaçante à l’année, travaille sur deux collèges et est professeure principale de quatrième. Sarah a reçu des instructions de la part des inspecteurs de l’éducation nationale. Ligne de conduite à tenir : l’apprentissage doit rester classique pour qu’il n’y ait pas de fossés qui se forment entre les collégiens. « Selon les classes, j’ai prévu des écritures d’inventions, des révision de grammaire, des petites activités à faire. La semaine dernière, j’ai fait un escape game sur le thème de la Saint Patrick. Le but n’est pas non plus de les assommer de travail.»

L’école à la maison. © Christophe MASSON

Des élèves attentifs

« Mais madame est-ce qu’on doit s’inquiéter ? Il y a quelqu’un qui nous a dit que c’était la fin du monde. » Avec ses classes, il a fallu faire un peu de pédagogie, répondre aux questions sur le virus, sa propagation, ce qu’est un porteur sain. « Mon mari est dans la santé. Ça m’a aidée » souffle-t-elle. Maintenant, ils sont plus confiants. Sarah ne s’affole pas pour ses élèves. Ils suivent bien les cours, lui rendent régulièrement les devoirs. « Cette semaine, j’ai eu 100 copies à corriger. Même ceux qui sont en grandes difficultés ont participé. Ils sont hyper autonomes » note-t-elle, satisfaite. Elle a également remarqué qu’ils s’épaulent beaucoup. Dans leurs révisions, la technologie, les réseaux sociaux sont leurs alliés. « Ils utilisent le serveur discord. Normalement, on ne doit pas inciter les élèves à aller sur des serveurs non homologués, mais c’est une solution. Ils ont aussi un groupe Snapchat où ils se font passer les cours. C’est la première fois que je vois ça. » La professeure s’y met aussi. Lundi, grâce au site du Cned, elle doit faire une réunion virtuelle avec eux pour recueillir leurs ressentis, dresser un bilan. « Je pense que certains s’ennuient un peu ou que pour certains préféreraient des choses plus simples. En fonction de ce qu’ils diront, je m’adapterai. »  

Que se passe-t-il du côté des enseignants ? 

Selon Sarah, la période est difficile à gérer pour les professeurs. Les instructions des membres du gouvernement et des chefs d’établissement se contredisent, les laissent dans le flou. « Le jeudi où le président a annoncé la fermeture des écoles, Jean-Michel Blanquer a dit que ce n’était pas possible de fermer. Pourtant, vendredi, on l’a fait. Parfois, ce sont les familles qui nous apprennent des choses. » Il faut ajouter à cela un public plus ou moins récalcitrant, selon le lieu d’enseignement. Heureusement, il y a du positif dans tout ça. L’entraide entre les enseignants est forte. « Avec les réformes, il y avait déjà un serrage de coude. Dans un de mes anciens établissements, on a fondé un groupe Whatsapp. C’est devenu un canal où on reçoit des questions. Ils vivent différemment le confinement. Certains collèges stressent. On les aide à relativiser. Pour d’autres, c’est plus léger. Ils sont en train de découvrir l’ENT, de faire des tutoriels. On a des collègues qui envoient des blagues, des messages humoristiques. Il y a quand même du positif au confinement » note l’enseignante.