Ma vie sous Covid n°1 : Emma étudiante à Newcastle

Emma, 22 ans, est en échange universitaire à Newcastle depuis la mi-janvier. Samedi 21 mars, elle aborde son quotidien sous Covid.

Emma envisage de se couper des réseaux sociaux, de son téléphone. « Je suis tout le temps agressée par l’actualité. Dès que je vais sur Facebook, sur Instagram, il y a des pop-ups sur ce qui se passe en France. C’est anxiogène » ; confie l’étudiante. Bien droite, la jeune femme fixe intensément la caméra. Assise devant son ordinateur, elle fait visiter sa chambre. Elle montre les décorations, qu’elle a récemment acheté. Une guirlande lumineuse, des coussins duveteux et de nouveaux draps colorés rendent plus vivant son petit espace. « On pense qu’on va être confiné aussi, alors autant que la chambre soit mignonne » ; explique-t-elle. De manière générale, elle essaie de vivre au jour le jour et surtout de se concentrer sur ses cours. Elle ne sait pas comment elle va s’organiser. Elle attend un communiqué du gouvernement britannique.

Une des principales rues commerçantes de Newcastle le vendredi 22 mars.

«  il ne faut pas s’arrêter de vivre « 

De confinement, il n’en est toujours pas question en Angleterre. Vendredi 13 mars, le Premier ministre, Boris Johnson a annoncé qu’il fallait : éviter les contacts sociaux non-essentiels et rester chez soi deux semaines en cas d’infection. Les Anglais qu’elle côtoie semblent détendus. La jeune femme ne trouve pas leur réaction légère. « Ils sont prêt à l’imprévu, alors qu’en France, on ne l’est pas du tout. Mais, au bout d’un moment, il ne faut pas s’arrêter de vivre. » Selon elle, les habitants de Newcastle commencent, tout de même, à prendre l’ampleur de la situation. Lorsqu’elle est sortie pour faire ses courses samedi, elle a remarqué que certains restaurants, magasins avaient des horaires d’ouvertures réduits ou étaient clos. « Notre salle de sport était fermée. Sur la porte du Macdonald, il y avait une affiche : vente seulement à emporter. » Elle a compris que ces décisions ont été prises dans l’urgence tant parfois elles semblent incohérentes. « Ils font de la vente à emporter, mais tu attends ta commande à l’intérieur. Dans un magasin où on est allé, il fallait prendre une distance d’un mètre, mais au moment de faire la queue, on était tout proche. »

Des départs en pagaille

Avec ses deux colocataires, ils n’ont pas attendu le gouvernement britannique pour agir. Sous la pression familiale, ils ont commencé à s’imposer un confinement la semaine dernière. Isolation relative, car des fêtes ont été organisées pour souhaiter un bon retour aux étudiants rentrant en France. « Lundi dernier, ils ont tous pris la décision de partir parce que papa, maman le voulaient. Une de mes amies a été appelée en catastrophe par sa mère. Deux heures plus tard, elle prenait l’avion. Ils étaient moins en danger en Angleterre » lâche Emma.

Emma et son copain Adam

Une décision mûrement réfléchie

Pour sa part, elle ne pense pas à rentrer. Le loyer de son appartement a été payé jusqu’en juillet et il y a Adam, son copain et colocataire. « Le plus important c’est que je sois avec Adam. Si on rentre, on ne sait pas dans quelle maison on va aller. On a aussi pas envie d’être enfermé pendant je ne sais combien de temps avec nos familles » ; ajoute-t-elle. Ses cours ne sont pas non plus annulés. L’université s’est organisée. Dès le 16 mars, les leçons étaient disponibles en ligne. Les professeurs se sont mis à la vidéo-conférence. La bibliothèque universitaire est toujours ouverte et a prolongé les prêts jusqu’au 24 avril. Emma note, sans malice, que l’université de Northumbria a été plus réactive que la sienne en France. « C’est seulement maintenant, que j’ai reçu un mail de mon école pour l’aménagement des cours » ; glisse l’étudiante. A-t-elle conscience que le système de santé est meilleur en France ? Elle hausse les épaules. Elle le sait. En tout cas, ses parents comprennent son choix. Ça lui enlève un poids.

Mise à jour : Le 23 mars un confinement a été décrété par le gouvernement britannique.